Le beau doit aussi être vu
Une note personnelle sur la carrière, le réseau, la visibilité et la partie inconfortable d'apprendre à montrer son propre travail.

Dans ce billet
J'ai essayé d'éviter au maximum les chemins traditionnels.
Au début de ma carrière, grâce au réseau, je pensais que cela suffirait. Connaître des gens, livrer de bons projets, travailler correctement et laisser les opportunités venir naturellement me semblait être un chemin honnête. Et, pendant un temps, ça l'a été.
Mais il arrive un moment où votre réseau ne suffit plus.
Vous pouvez avoir de bons projets. Vous pouvez avoir de l'expérience. Vous pouvez savoir résoudre des problèmes difficiles. Vous pouvez regarder ce que vous avez construit et sentir que cela a de la valeur. Pourtant, si personne ne le voit, si personne ne le comprend, si personne ne sait que cela existe, sa portée s'arrête simplement.
Cette partie est un peu cruelle, parce que la technologie nous apprend souvent à valoriser le faire. Construire, corriger, étudier, livrer. Mais être bon dans quelque chose ne suffit pas. Il faut aussi le montrer. Il faut le prouver. Il faut communiquer. D'une certaine façon, il faut apprendre à se vendre.
Et j'ai toujours eu un peu de paresse face à ça.
Pas parce que je pensais que la visibilité était inutile, mais parce que je regardais des réseaux comme LinkedIn en me disant : "est-ce que je vais vraiment devoir entrer dans ce jeu ?". Devenir une sorte d'influenceur corporate n'a jamais vraiment été une ambition. Mais, avec le temps, il devient difficile d'ignorer que grandir de manière organique demande aussi de la présence.
Bien travailler en silence ne suffit pas.
La partie inconfortable d'apparaître
Il y a une phrase d'un film que j'aime beaucoup : les belles choses ne réclament pas l'attention.
Je me suis accroché à cette idée pendant longtemps. Elle est belle, élégante, presque une permission de rester silencieux. Si quelque chose est vraiment bon, ai-je souvent pensé, alors peut-être que cela n'a pas besoin de crier. Peut-être que cela trouvera son chemin.
Mais la vie professionnelle n'est pas un musée silencieux.
Les gens sont occupés. Le marché est bruyant. Les bons projets disparaissent au milieu des timelines, des feeds, des priorités, des algorithmes et des problèmes urgents. Parfois, le travail est bon, mais il ne traverse pas la distance entre vous et les personnes qui pourraient s'y intéresser.
Et cette distance est aussi votre responsabilité.
Apprendre à montrer son propre travail ne signifie pas devenir une caricature. Cela ne veut pas dire faire semblant d'être sûr de soi tout le temps, publier des phrases toutes faites ou transformer chaque petite livraison en spectacle. Mais cela signifie accepter que la communication fait partie du travail.
Si vous construisez quelque chose avec patience, vous devez aussi avoir la patience d'expliquer pourquoi cela compte.
Se vendre fait aussi partie du jeu
Ce texte ressemble peut-être à un exutoire, et en partie c'en est un. Mais le point est simple : n'ayez pas peur de vous montrer.
N'ayez pas peur de parler de ce que vous construisez. N'ayez pas peur de raconter le processus, de montrer le résultat, d'expliquer vos choix et de prendre votre place. Cela ne diminue pas la qualité du travail. Au contraire, parfois c'est précisément ce qui lui permet de trouver les bonnes personnes.
La même patience qu'il faut pour construire quelque chose de bon, il faut aussi l'avoir pour présenter cette chose au monde.
Même quand cette chose, c'est vous.
Peut-être que le beau ne réclame pas l'attention. Mais parfois, il doit quand même ouvrir la porte.

